15 mai 2007
le dernier refuge ?
Comme nous avons ri en voyant l'avenir s'effondrer tandis que nous appelions renouveau cette dégringolade qui ne termine jamais.
Une ère nouvelle doit s'ouvrir, elle garantira la sécurité, le travail, les soins, l'audace, le talent pour tous. Si les ennemis avaient gagné, nous aurions récolté la misère, la violence, la prison, la mort pour tous. Ces ennemis pensent exactement le contraire. Un camp se trompe, chacun comptera ses cercueils et de cette comptabilité macabre nerveuse et soignée sortira le nom du vainqueur par KO au long cours. Un ravi a trouvé une solution, un cercueil pour deux.
Nous nous sommes arrangés de façon minable avec notre conscience, racontant à qui voulait l'entendre que nous n'avions pas d'autre solution que de choisir le moins pire ou le pire tout en déchargeant avec animosité notre amertume sur le choix du voisin qui avait choisi le pire ou le moins pire. Nous avons pris nos précautions en insistant bien sur le fait que notre choix ne pourra être tenu pour reponsable d'une situation qui va de toute façon nous échapper. Nous avons voulu donner du poids à notre choix qui ne pouvait en avoir aucun tout en lui conférant une légèreté qui nous désengagera fièrement le moment venu.
Nous sommes déchirés pour choisir un camp qui nous indiffère, nous voulons tuer notre frère au nom d'un choix mal assuré et peu assumé.
Dehors, on se rêve un destin historique, on veut des barricades, des pelotons d'éxécution, des tontes en règle, des écrits de prison mais on trouve des écoliers qui cassent des chaises mais qui ne veulent pas aller au coin. On rêve de révolutions entre deux cours à la fac. On s'échauffe devant un bruit de tongues, il faut débarrasser la France de ce "isme" rampant. On veut sa guerre, sa résistance et sa collaboration.
Dedans, on donne des garanties, on va fouiller les autres cercueils, on rappelle des morts-vivants du camp adverse, grâce au principe des cercueils communicants, on les attache à un pieu et cette armée des ombres qui se veut rassurante est portée en triomphe devant un peuple qui veut croire aux esprits.
Plus loin, se trouvent quelques grands malades qui ne peuvent s'enthousiasmer pour le choix de la chute. Ils ne peuvent qu'essayer de grimper cette montagne de moins en moins inspirée en tournant définitivement le dos à la vallée.
Réussirons-nous à apercevoir les derniers chamois ?
14 mai 2007
Pour un 4ème de couverture
Un questionnaire littéraire qui tourne me permet de refaire surface.
Les 4 livres de mon enfance :
Les Vacances du petit Nicolas de Sempé et Goscinny.
Les Contes de la Folie Méricourt de Pierre Gripari.
Le Club des sept d' Enyd Blyton.
Ce que je crois de Pierre Theilhard de Chardin.
Les 4 écrivains que je lirai et relirai encore :
Lucien Rebatet rien que pour Les Deux étendards.
Pierre Drieu La Rochelle pour agir.
Jack London pour les révoltes des villes et les révolutions des forêts.
Jean Giono pour Le Triomphe de la vie.
Les 4 auteurs que je ne lirai probablement plus jamais :
Robert Sabatier
Henri Troyat
Samuel Beckett
George Sand
Les 4 premiers livres de ma liste à lire :
Docteur Faustus de Thomas Mann.
Ernest le rebelle de Jacques Perret.
Le Prisonnier de Cintra de Paul Morand.
Histoires des siècles futurs de Jack London.
Les 4 livres que j'emporterais sur une île déserte :
Un dictionnaire pour soulager mes maux.
Un guide naturaliste pour étudier faune et flore.
L'Odyssée pour envisager mon retour.
A la recherche du temps perdu de Marcel Proust pour être sûr d'avoir toujours de la lecture en cours !
Les derniers mots d'un de mes livres préférés :
-Et voilà comment ça finit ! Misère humaine.
Il allait s'éloigner. Régis pivota brusquement, faisant face à l'ennemi; son visage était fier, il respirait la certitude.
-Oui cria-t-il. Mais moi, je lui laisserai un souvenir lumineux.
Les Deux étendards de Lucien Rebatet.
Les 4 lecteurs dont j'aimerais connaître les 4 :
Ludovic, Jacques, Saint-Rich et Isabelle
21:27 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
11 mars 2007
Envie de campagne
Je n'ai pas spécialement envie de parler de la campagne pour les élections présidentielles, c'est pourquoi je vais en dire quelques mots...
Jamais, pour l'instant en tout cas, une campagne ne m'aura semblé aussi médiocre. Les quatre principaux candidats tuent le débat en voulant séduire tous les électorats, ce qui les amène à promettre tout et n'importe quoi, à dire tout et son contraire. Un candidat pour espérer gagner doit épouser toutes les idéologies et dire à son interlocuteur d'un jour venu représenter sa chapelle qu'il est en parfait accord avec lui. Les candidats sont-ils responsables de ce dangereux grand écart ou sont-ils pris dans le tourbillon des incohérences d'une société définitivement atomisée ?
Que peut-on espérer de Sarkozy qui construit mosquée sur mosquée et qui dit s'opposer à l'Islamisation de la société, de Bayrou qui à trop chercher son centre est devenu d'une gravité inquiétante en promettant à son parti l'UDF un futur premier ministre socialiste, de Le Pen qui promet la naturalisation à quelques millions d'immigrés tout en vociférant contre l'invasion du pays...Ils sont inquiétants avec leur discours schizophrènes qui prétendent séduire tout le monde mais qui ne s'adressent finalement à personne. Le niveau de leurs soutiens intellectuels finira de m'écoeurer.
Le FN me semble de plus en plus une énorme coquille vide remplie par les différentes idéologies de cadres qui s'y succèdent depuis 30 ans. Hier droitiste avec les horlogers Mégret et Le gallou puis catholique avec Antony, vaguement païen avec Vial, le FN est aujourd'hui National-révolutionnaire avec Soral et Martinez. En attendant la prochaine mutation ?
Que veulent-ils donc présider si ce n'est un tas de cendres encore chaudes ?
Les citoyens sont devenus ingouvernables car aucun projet vital ne les lie, aucune civilisation ne les rassemble plus, ils ne sont plus liés que dans la chute et chacun espère sa branche. C'est un chaos, une entropie qui ne fait qu'augmenter. Jusqu'où va-t-on descendre demande un marxiste, jusqu'où d'accord mais jusqu'à quand surtout ?
Un cycle c'est long finalement.
Devant tant de branches mortes et de promesses de lendemains qui chanteront faux, j'ai beaucoup marché dans la lande qui donne soif accompagné de Gustave Thibon et de Saint Josémaria Escriva. Le premier est sans doute le mystique qui aura le plus nourri mon embryon de foi. J'apprécie sa recherche de la Tradition et son septicisme garant de sa foi. J'apprécie l'application presque maniaque du second à travailler proprement pour le Christ à chaque moment de notre vie. Cette sanctification de chaque instant en union de prières me fait penser à du communisme spirituel.
Inébranlable: voilà comment tu dois être. — Si les misères d'autrui, ou les tiennes, ébranlaient ta persévérance, je me ferais une piètre idée de ton idéal.(Saint Josemaria Escriva)
Tu es comme un sac de sable. — Tu ne fais rien de ton côté. Il n'est donc pas surprenant que tu commences à éprouver les symptômes de la tiédeur. — Réagis. (Saint Josemaria Escriva)
Saint -Exupéry : "Je hais mon époque de toutes mes forces"-Moi, je l'aime en fonction de toutes mes raisons de la haïr. Car le mal suprême appelle la suprême réaction : le sacré, le divin n'étant plus lié aux moeurs et aux lois comme dans les époques saines, avec ce que cela suppose de conformisme social, pourront enfin être choisis dans toute leur pureté, et je pressens l'apparition d'un pusillus grex en qui le grand dégoût réveillera l'ultime espérance et qui retrouvera l'absolu au-delà des barrières du social-un catholicisme sans frontière, la tradition éternelle hors des enlisements dans le passé et des fausses évasions vers l'avenir; la vraie liberté au-dessus des digues de l'interdit et des marécages de la licence-le fleuce communiant déjà à l'immensité et à la pureté de l'océan-ou, pour parler avec Nietzsche, le surhomme par r"action contre le "dernier homme". Peut-on concevoir cet éclatement de l'humanité : les uns volant d'autant plus haut que les autres pourront impunément ramper plus bas-les premiers au-dessus de ce qu'ici-bas on nomme le bien, les seconds au-dessous de ce qu'on appelle le mal ? Avec cette conséquence paradoxale que la souffrance, rançon de l'altitude, s'abattra sur les élus et épargnera les réprouvés : l'enfer indolore et le ciel chemin de croix...(Gustave Thibon)
Et puis...
Ne rien Exclure. Ce qui conduit à ne jamais conclure...(Gustave Thibon)
22:28 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
16 février 2007
La reconquista païenne
16:22 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
14 février 2007
Ma petite dèche
Je viens enfin de retrouver le monde du travail.
La mise à l’écart aura duré quelques mois. Pas assez de temps pour connaître une gêne matérielle conséquente mais assez pour imaginer chaque jour comme le début de la dégringolade. Ma dèche ferait rire les plus miséreux et ceux qui sont sortis du circuit depuis des années.
Cette blessure peu profonde m’aura cependant marqué et sans doute aura-t-elle secoué certaines certitudes.
Car combien de fois ai-je entendu de certains proches, de façon directe ou sous-entendue que si je ne trouvais pas c’est que je ne voulais pas ? Le chômeur est un salaud, un fainéant engraissé par la société. Il suffit d’ailleurs d’ouvrir n’importe quel journal d’annonces pour voir que les inactifs ont de quoi faire…C’est oublier que pour une annonce, plusieurs dizaines de salauds se présentent.
Je ne jette pas la pierre à ces accusateurs, je pensais sans doute la même chose quand j’étais à mon poste.
Jusqu’à là protégé par un diplôme et ayant eu la chance de trouver tout de suite après mes études, je n’imaginais pas un tel parcours du combattant, une telle usure permanente soigneusement étouffée par divers artifices. Je conseille ce genre de saut de l’ange à ceux qui veulent avoir une idée plus juste d’une humanité civilisée…Désarmés et honteusement faibles, nous rencontrons en effet tout l’éventail de personnalités que peut imaginer la création. Je me souviendrai de ces petits chefs qui m’ont reçu debout après plusieurs heures de route, je me souviendrai de ces patrons qui assurent vous rappeler mais qui ne donnent aucun signe de vie et restent injoignables, mais je n’oublierai pas non plus ce patron qui me fait asseoir dans son fauteuil, se pose sur un tabouret, me propose un coup au café et conformément à sa promesse me rappelle certes pour me dire non. On juge sans doute la bonté d’un homme à sa façon de traiter ceux qui lui sont inférieurs. Pour certains, nous restons des humains, pour d’autres nous ne sommes qu’une option, un choix parmi d’autres.
Comment ne pas oublier ces tests à la con, et ces question qui demandaient une langue de bois bien charpentée. Je m’étais documenté sur les réponses à apporter à ces maniaques. Elles étaient pour certaines ahurissantes. Ainsi à la question "Je vois un trou de quelques mois dans votre CV, qu’avez-vous fait?", il ne faut surtout pas dire ce qui est le plus souvent la vérité à savoir que pendant ce trou, vous avez cherché et échoué ! Non il faut dire qu’un projet à été longuement mûri et débouche aujourd’hui logiquement sur cet entretien ! La vérité, le recruteur n’en veut pas, il ne veut pas de votre crasse, de vos odeurs de bouche et de bras, de vos mains sales. Il ne veut pas entendre parler de votre guigne, de la nouille qui commençait à manquer ou du scorbut qui menaçait. Il veut de l’eau de parfum sur vos chancres, de la brillantine sur votre tignasse qui s’éparpille aux quatre vents.
Pas question non plus de dire que vous êtes ici parce que la réalité est qu’on vous a accordé un entretien, il faut prouver que c’est le poste que vous vouliez. Ode à l’artifice et au mensonge. Hymne à la duperie et à la mauvaise ruse.
Même dans le besoin, il faut montrer au recruteur que vous n’avez pas perdu votre dignité de gagnant, il faut donner un numéro de portable, si vous n’en avez pas, ce qui est mon cas, vous êtes déjà mal embarqué. Cela commence mal pour le recruteur à la moue dubitative qui doit laisser une case vide. Avoir encore son portable même sous les ponts, c’est être joignable, prêt à relever tous les défis de la communication et du monde du travail. J’ai ainsi remarqué que beaucoup de miséreux possèdent tous ces objets. Comme le pense Baudrillard, la pauvreté n’est plus tant absence de biens, à nuancer cependant, qu’absence de savoir et de pouvoir. Tout le monde aura un portable ou un lecteur mp3, tout le monde n’aura pas un travail ou un poste à responsabilités dans la société. Le système tolère et entretient une certaine misère morale mais chacun doit être équipé de son superflu, cette drogue du pauvre, et en arriver à la conclusion qu'il n'est quand même pas si malheureux. J'ai vu ces oubliés qui pianotent nerveusement sur leur portable venus s'inscrire à des cours de calcul et de lecture.
En grand naïf et égoïste que j'étais, je ne pensais pas qu'une telle pauvreté puisse exister, en fait le la pressentais autant que je l'ignorais. J'étais conscient de la pauvreté des SDF qui eux n'ont ont presque vraiment plus rien, mais je cernais mal cette pauvreté insidieuse qui hésite entre la rue, le foyer et le logement social. Ces chomeurs aisés ou travailleurs pauvres sont sur le fil du rasoir. Ils flirtent avec les Restos du coeur et le Secours Populaire en ayant quand même la satisfaction de pouvoir se payer de temps en temps un Aldi ou un Lidl. Cette pauvreté mal délimitée, mal définie, mal estimée s'infiltre de façon silencieuse comme un cancer, elle menace quelques millions de salariés qui pour un accident, un licenciement, un événement imprévu auront intérêt à avoir des euros sous le matelas ou une famille accueillante pour ne pas tout perdre.
La faute à l'immigration à l'ultralibéralisme, à pas de chance, à la loi de la vie, aux patrons, au climat, à la démographie galopante, aux multinationales, au capitalisme, au socialisme,à l'indifférence ? Une pauvreté qui a toujours été et dont on parle peut-être un peu plus par voyeurisme, par humanisme, par nationalisme, par communisme par pessimisme, par cynisme ?
Finalement rien n'a changé depuis que London et Orwell sont descendus dans les quartiers de misère. Les parasites de la peau et de l'âme grignottent toujours des milliers de malheureux dont on achète le silence avec du numérique. Ces frères sans illusions font penser à ces indiens qui ne se révoltent plus contre leur immense misère qui les condamne aux mouroirs dans l'indifférence générale. Nous connaissons de plus en plus un système de castes.
Mon approche est sans doute maladroite et insuffisante, mélange de mauvaise littérature londonienne et d'humanisme benêt. J'ai énoncé quelques poncifs, me voilà presque prêt pour une candidature aux présidentielles. Cependant j'ai été vraiment marqué par cette situation.Je n'ai jamais autant écrit.
11:55 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
06 février 2007
Pyramidal Sarkozy/ Tupperware politique
Je découvre le site des supporters de Nicolas Sarkozy.
De quoi s'agit-il ?
Vous vous inscrivez comme simple supporter au sein d'une équipe. Si le pouvoir vous démange, vous pouvez devenir chef mais vous devez recruter au moins 5 membres le premier mois.
Vous avez réussi à attraper 15 supporters ? Vous êtes un vrai SS (Super Supporter).
Vous avez séduit plus de 50 membres, là vous êtes carrément HS (Hyper Supporter).
Les meilleurs chefs seront récompensés en rencontrant des grands élus (maîtres?).
Aujourd'hui, 7 février, il n'est plus possible de consulter ces recettes de réussite. Les responsables se sont-ils rendus compte de la débilité des grades proposés ? Les inscriptions sont suspendues et le site ne fonctionnera normalement que ce soir. Bigre! Tout ce temps perdu, tous ces hommes manqués, tous ces résultats repoussés, on perd l'argent qui ne rentre pas..
Ces méthodes ont déjà montré leur terrible efficacité. C'est la méthode Tupperware ou Herbal life. Elles jouent sur les mouvements de masse et sur la compétition avec une bonne dose de jalousie. Il faut faire mieux que son oncle ou son voisin quitte à dire n'importe quoi aux nouveaux supporters : Sarko est plus à droite que Le pen, plus à gauche que Royal, est pour l'islamisation de la France, est proche de la FSSPX ou chasse la bécasse le lundi et protgèe l'esturgeon le mardi. Seul compte le résultat, à savoir doubler ou tripler le nombre d'adhérents. Ici il n'est pas question de groupes de travail, de cercle de réflexion mais de management.
Agiter beaucoup de personnes, les faire rêver d'une victoire à laquelle ils auront participé activement, avoir la gagne, parler win, rêver de gestion d'hommes, de mise en place d'équipes opérationnelles. Produire du chiffre et des tableaux prouvant l'excellente santé militante de l'équipe dirigée.Quand les méthodes de vente les plus agressives infiltrent la politique, c'est que le pays se prépare à de douloureuses soldes. Les tableaux excel seront peut-être pleins à craquer, qu'en sera-t-il de l'esprit ?
A noter que Bayrou préfère la méthode karaoké. Il a en effet envoyé un DVD à des responsables qui doivent le montrer à tout leur entourage afin de reprendre tous ensemble de vieux refrains.
Une certaine action il faut bien le dire, mais plutôt une agitation pour laquelle je ne peux avoir aucune sympathie.
Je préfère définitivement ma politique bancale avec mes révolutions qui n'aboutissent jamais. Il y a définitivement les winners et les autres.
Looser HS.
17:30 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Cinq choses peu connues à mon sujet
1 Je ne supporte pas le fromage, sauf fromageplus. Sa vue m'insupporte. Ne parlons pas de l'odeur. Je sais que je passe à côté de nombreux plaisirs de bouche et de mariages heureux avec le vin mais je n'y peux rien. Je pense que la cause est génétique et enzymatique car des membres de ma famille souffrent du même dégoût. J'ai juste essayé une ou deux fois une miette de reblochon dont l'arrière-goût végétal de noisette me laisse penser que tout n'est pas perdu. Par contre le roquefort, les fromages frais de vache ou de chèvre et toutes les cuissons de fromages me répugnent fortement.
2 Petit, à l'école primaire, des tâches de rousseur parsemaient mon visage. Ce qui me valait le surnom de Charlotte aux fraises de la part des grands. J'ai souvent été brimé. Cela m'a permis de développer un imaginaire parfois un peu trop envahissant. Ces tâches ont aujourd'hui fondu, pas mon imagination.
3 J'ai effectué mon premier tractage de milicien en compagnie de quelques racailles vêtues de Fred Perry dans le lycée où étudiait mon épouse alors en Khâgne. Particulièrement violent, l'épisode a divisé par deux le nombre de participants lors des tractages suivants. Mon épouse, que je ne connaissais pas encore est arrivée en retard ce jour, elle n'a pu donc recevoir de mes mains un papier où devait être noté un texte aussi percutant que littéraire "les gauchistes, claquons-leur la gueule, cannabis hors des lycées". Cette expression de claquage de gueule était une spécialité du responsable qui la sortait pour toutes les occasions. Une fois arrivée en cours mon épouse prit connaissance du tract qui avait permis de mettre en place un cours de civisme. Sans prendre notre défense, elle nous trouvait grossiers et violents, elle se montra néanmoins favorable à la liberté d'expression. Ce qui lui valut d'être chahutée mais son cas était perdu depuis déjà longtemps.
4 C'est mon père qui m'a offert mon premier Giono, Colline. Ce sont des racines fragiles auxquelles je m'accroche. Mon père m'offrait des livres à une époque à laquelle je n'avais pas forcément envie de lire ce qu'il me proposait. Je mettais de côté Pouchkine, Vialatte, Dostoïevski ou Vincenot qui devaient me permettre de passer, plus tard, des moments inoubliables dans ce qui me servait de bibliothèque ou dans les transports en commun. Cet héritage est précieux. J'ai commencé la lecture en vacances avec le petit Nicolas qui est donc ma madeleine de Proust. Le livre suivant que j'ai lu sur conseil du libraire à qui j'avais dit avoir bien accroché avec Nicolas, a été Comment je crois de Pierre Teilhard de Chardin. Je ne sais pas quel lien existait dans l'esprit du libraire entre les vacances de Nicolas et Teilhard, peut-être voulait-il me refiler un vieux rossignol en tout cas je lui suis reconnaissant de m'avoir aiguillé dès mon plus jeune âge vers le mysticisme combiné à la science.
5 Je suis déjà mort une fois. Né beaucoup trop tôt à 6 mois, mon coeur s'est arrêté pendant quelques instants. Etre prématuré il y a 30 ans ne permettait pas d'espérer beaucoup de la vie et promettait des séquelles. Je me suis accroché et je considère finalement m'en être bien tiré. Certes ma vision dans l'espace n'est pas des meilleures et je manque cruellement de sens pratique sans savoir si tout peut être mis sur le compte de cette naissance. J'ai suivi de longues études et je pratique régulièrement du sport. Je suis un peu miraculé quand même.
01 février 2007
Action !
Je suis loin d'être en terre inconnue en lisant Les bêtises de Jacques Laurent. Je retrouve dans ce méli-mélo de journal et de roman les interrogations qui furent les miennes à la sortie de l'adolescence et qui continuent parfois de m'agiter. Elles ne me quitteront sans doute jamais.
Très souvent, il est question de rêves d'action et de volonté d'agir. On reconnaît très vite la paternité de Drieu et ce n'est sans doute pas un hasard si l'homme d'action de Laurent se nomme Gilles...Mais Barrès le père fondateur, Montherlant, Aragon, Berl ou bien encore D'Annunzio accompagnent le fantôme de Drieu au fil des pages. La famille des perpétuels agités qui rêvent d'en découdre lors d'un grand soir est presque au complet.
Laurent cherche dans ses fréquentations autant des modèles d'écriture que de vie, l'un n'allant évidemment pas sans l'autre pour tout homme d'action respectable. L'homme d'action écrit pour mieux agir et agit pour vivre son écriture, bien souvent il mêle à ses deux maîtresses la politique, cette garce, qui doit résumer la pensée et l'action. Il en résulte une attente démesurée pour la chose publique qui ne peut que mener à l'arrêt de la marche sur Rome et aux premières catastrophes. L'auteur ne cherche plus à écrire pour agir mais pour expliquer son parcours politique. D'homme libre, il passe à celui de militant lettré dissimulant mal le fait que sa plume est maintenant nettement plus colorée.
Or l'homme d'action est honteux d'avoir pataugé non pas dans un vrai champ de bataille mais dans une permanence d'éternels querelleurs. Ayant compris que l'action vécue n'est pas l'action écrite, il peut se retirer comme Mishima, Montherlant ou Drieu.
Il peut aussi mettre de côté ses rêves d'action et se rabattre sur une écriture qui les dissimule sous un style qui n'est que code. C'est ainsi que je comprends les Hussards. Ils ont transmis de façon clandestine l'action un peu comme les troubadours chantaient la Dame. En les lisant, je remarque d'abord le style mais je reste séduit par un appel silencieux.
Le paradoxe de l'homme d'action est qu'il est plutôt contemplateur. Il est même assez inactif voire même paralysé par tout mouvement. Il est vrai que la seule action où cet homme se sent agir est celle où il sauve sa peau d'où une certaine fascination pour la guerre. Le reste ne lui semble présenter que très peu d'intérêt ou alors il se perd dans l'esthétisme et le raffinement en ne jurant que par les vins, les tissus ou les aciers. En attendant d'être guerrier, il est moine ou décadent.
Ma fascination pour l'action et ses ratés est assez étrange. En l'écrivant je l'expliquerai et connaîtrai mon grand soir.
Je reprends ma plume délavée, je ne dois pas oublier d'agir.
20:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26 janvier 2007
Waechter cet inconnu
Il est quand même assez incroyable que les électeurs écologistes boudent à ce point le plus compétent des candidats écologistes à savoir Antoine Waechter.
A côté du très médiatisé Hulot*, de la très rouge Voynet et de la débutante Lepage se trouve le plus autenthique écolo.
Waechter est encore trop à gauche à mon goût notamment en matière d'éducation et trop silencieux sur les questions d'immigration et d'identité. Mais il est un des seuls à ne pas se réjouir de la bonne fertilité des femmes en général et sans doute en France également mais peut-être pas pour les mêmes raisons que les miennes...
Au traditionnel "croissez et multipliez-vous" que ce soit au nom de Dieu, des retraites, de la disparition des européens, il oppose en effet un "Soyons moins nombreux mais vivons mieux". Il estime à deux milliards le nombre acceptable d'humains pour que la vie ne se résume pas à une lutte sans merci pour accéder aux diverses richesses terrestres que sont notamment l'eau, le pétrole ou le bois.
La régulation des naissances, la gestion des conflits liés à la politique énergétique sont autant de thèmes que défend le président du MEI montrant ainsi qu'il pense globalement et ne peut se satisfaire uniquement comme certains autres candidats d'un médiatique soutien à une entreprise qui recycle des noix de coco en chaussures à moins que ce ne soit le contraire.
La gestion saine des ressources, leur distribution aux populations sont des thèmes qui vont devenir de plus en plus cruciaux. Il est bon de trier ses déchets ou de manger bio mais ce n'est pas ce genre de conseils que nous demandons aux hommes politiques, on souhaiterait plutôt qu'ils prévoient les grands bouleversements à venir et qu'ils évitent les catastrophes, naturelles et surtout provoquées.
En se félicitant tous de la bonne relance des naissances françaises, les autres candidats débordant de pusillanimité ne pensent donc qu'en terme de croissance à moyen-terme, ils restent donc dans une optique nationale étriquée, d'autre part, ils oublient de se demander, en nous refilant le(s) bébé(s), si ces nombreuses naissances ne seront pas plutôt source de conflit national et d'instabilité.
Pour en revenir à Waechter, il est certain qu'il paye cher son refus de se ranger derrière la gauche ou la droite. Soutenu par aucun des deux grands partis en place, il ne peut compter que sur la qualité de ses travaux et la pertinence de ses réflexions.
Il n'est pas sûr que cela suffise en ces temps où les hommes politiques passent leur temps à dépenser beaucoup d'énergie.
*qui dépassé par la situation, et c'est bien compréhensible, aurait pu en profiter pour soutenir le seul autre candidat indépendant.
18:40 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
23 janvier 2007
Ma lecture du Goncourt
Je viens de finir A rebours de Huysmans. Là encore quelle gifle ! Quand j'ai lu quelques auteurs, une majorité d'autres semble bien fade. Je suis tellement sensible à cette coulées de mots qui fouette le sang et régénère l'esprit.
Je me délecte de Jacques Laurent comme d'une petite gourmandise pas raisonnable. Ce sera sans doute le seul prix Goncourt que je lirai cette année.J'aime me noyer avec ces liqueurs pas si vieilles mais déjà d'un autre monde. Il m'arrive d'avoir une boule dans la gorge en découvrant les univers décrits par ces contemplateurs disparus. Ce qu'ils croquaient était encore consommable, le miroir déformant n'avait pas encore condamné chaque visage au reflet lustré. Les caractères étaient surprenants chez le concierge, le brocanteur ou le marin. Leur univers était issu d'une longue tradition et d'une inventivité de tous les jours un peu folle. aucune norme n'était nécessaire pour valider leur conduite.
Quel sera mon Goncourt pour l'année prochaine ? Car en personne raffinée, je me dois aussi de lire un Goncourt et d'en parler à table entre la poire et le fromage comme d'une banalité évidente. Je dois cependant avouer que je n'ai pas une grande confiance en Pivot, Sabatier ou Charles-Roux pour égayer mes soirées. Je vais évidemment choisir en fonction des couverts qui étaient présents chaque année. Choisir un Goncourt est un travail de maniaque qui demande du souffle et du temps. Les années où Giono, La varende et Huysmans se mettaient à table seront privilégiées.
A moins que je ne préfère une fois pour toutes la classique ballade dans les librairies, sur les marchés ou dans les trocs. C'est d'ailleurs à Emmaüs, dans une odeur de moisi confortable, que j'ai trouvé ce Jacques Laurent. Si il faut manquer une dizaine de Goncourt pour tomber sur celui-ci, je veux bien être passé de mode ad vitam aeternam.
Les chroniqueurs de l'inutile actuels n'ont plus grand chose à se mettre sous la plume. Laurent serait bien triste. On se contente des bêtises d'une candidate étourdie.
Pour mémoire :
- 1903 - John-Antoine Nau, Force ennemie
- 1904 - Léon Frapié, La Maternelle
- 1905 - Claude Farrère, Les Civilisés
- 1906 - Jérôme et Jean Tharaud, Dingley, l'illustre écrivain
- 1907 - Émile Moselly, Le Rouet d'ivoire, Terres lorraines et Jean des Brebis
- 1908 - Francis de Miomandre, Écrit sur l'eau
- 1909 - Marius et Ary Leblond, En France
- 1910 - Louis Pergaud, De Goupil à Margot
- 1911 - Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines
- 1912 - André Savignon, Les Filles de la pluie
- 1913 - Marc Elder, Le Peuple de la mer
- 1914 - prix non décerné à cause de la guerre
- 1915 - René Benjamin, Gaspard
- 1916 - Henri Barbusse, Le Feu et Adrien Bertrand, L'appel du sol ( prix 1914 )
- 1917 - Henri Malherbe, La Flamme au poing
- 1918 - Georges Duhamel, Civilisation
- 1919 - Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs (volume 2 d'À la recherche du temps perdu)
- 1920 - Ernest Pérochon, Nène
- 1921 - René Maran, Batouala
- 1922 - Henri Béraud, Le Vitriol de lune et Le Martyre de l'obèse
- 1923 - Lucien Fabre, Rabevel ou le Mal des ardents
- 1924 - Thierry Sandre, Le Chèvrefeuille, le Purgatoire, le Chapitre XIII
- 1925 - Maurice Genevoix, Raboliot
- 1926 - Henri Deberly, Le Supplice de Phèdre
- 1927 - Maurice Bedel, Jérôme 60° latitude nord
- 1928 - Maurice Constantin-Weyer, Un homme se penche sur son passé
- 1929 - Marcel Arland, L'Ordre
- 1930 - Henri Fauconnier, Malaisie
- 1931 - Jean Fayard, Mal d'amour
- 1932 - Guy Mazeline, Les Loups
- 1933 - André Malraux, La Condition humaine
- 1934 - Roger Vercel, Capitaine Conan
- 1935 - Joseph Peyré, Sang et lumières
- 1936 - Maxence Van Der Meersch, L'Empreinte de Dieu
- 1937 - Charles Plisnier, Faux Passeports
- 1938 - Henri Troyat, L'Araigne
- 1939 - Philippe Hériat, Les Enfants gâtés
- 1940 - Francis Ambrière, Les Grandes Vacances
- 1941 - Henri Pourrat, Le Vent de Mars
- 1942 - Marc Bernard, Pareil à des enfants
- 1943 - Marius Grout, Passage de l'homme
- 1944 - Elsa Triolet, Le premier accroc coûte 200 francs
- 1945 - Jean-Louis Bory, Mon village à l'heure allemande
- 1946 - Jean-Jacques Gautier, Histoire d'un fait divers
- 1947 - Jean-Louis Curtis, Les Forêts de la nuit
- 1948 - Maurice Druon, Les Grandes Familles
- 1949 - Robert Merle, Week-end à Zuydcoote
- 1950 - Paul Colin, Les Jeux sauvages
- 1951 - Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes, refusé par l'auteur
- 1952 - Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre
- 1953 - Pierre Gascar, Les Bêtes
- 1954 - Simone de Beauvoir, Les Mandarins
- 1955 - Roger Ikor, Les Eaux mêlées
- 1956 - Romain Gary, Les Racines du ciel
- 1957 - Roger Vailland, La Loi
- 1958 - Francis Walder, Saint-Germain ou la négociation
- 1959 - André Schwartz-Bart, Le Dernier des Justes
- 1960 - Vintila Horia, Dieu est né en exil
- 1961 - Jean Cau, La Pitié de Dieu
- 1962 - Anna Langfus, Les Bagages de sable
- 1963 - Armand Lanoux, Quand la mer se retire
- 1964 - Georges Conchon, L'État sauvage
- 1965 - Jacques Borel, L'Adoration
- 1966 - Edmonde Charles-Roux, Oublier Palerme
- 1967 - André Pieyre de Mandiargues, La Marge
- 1968 - Bernard Clavel, Les Fruits de l'hiver
- 1969 - Félicien Marceau, Creezy
- 1970 - Michel Tournier , Le Roi des aulnes
- 1971 - Jacques Laurent, Les Bêtises
- 1972 - Jean Carrière, L'Épervier de Maheux
- 1973 - Jacques Chessex, L'Ogre
- 1974 - Pascal Lainé, La Dentellière
- 1975 - Émile Ajar (Romain Gary), La Vie devant soi
- 1976 - Patrick Grainville, Les Flamboyants
- 1977 - Didier Decoin, John l'enfer
- 1978 - Patrick Modiano, Rue des boutiques obscures
- 1979 - Antonine Maillet, Pélagie la Charrette
- 1980 - Yves Navarre, Le Jardin d'acclimatation
- 1981 - Lucien Bodard, Anne-Marie
- 1982 - Dominique Fernandez, Dans la main de l'Ange
- 1983 - Frédérick Tristan, Les Égarés
- 1984 - Marguerite Duras, L'Amant
- 1985 - Yann Queffélec, Les Noces barbares
- 1986 - Michel Host , Valet de nuit
- 1987 - Tahar Ben Jelloun, La Nuit sacrée
- 1988 - Erik Orsenna, L'Exposition coloniale
- 1989 - Jean Vautrin, Un grand pas vers le Bon Dieu
- 1990 - Jean Rouaud, Les Champs d'honneur
- 1991 - Pierre Combescot, Les Filles du Calvaire
- 1992 - Patrick Chamoiseau, Texaco
- 1993 - Amin Maalouf, Le Rocher de Tanios
- 1994 - Didier Van Cauwelaert, Un aller simple
- 1995 - Andreï Makine, Le Testament français
- 1996 - Pascale Roze, Le Chasseur Zéro
- 1997 - Patrick Rambaud, La Bataille
- 1998 - Paule Constant, Confidence pour confidence
- 1999 - Jean Echenoz, Je m'en vais
- 2000 - Jean-Jacques Schuhl, Ingrid Caven
- 2001 - Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil
- 2002 - Pascal Quignard, Les Ombres errantes
- 2003 - Jacques-Pierre Amette, La Maîtresse de Brecht
- 2004 - Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta
- 2005 - François Weyergans, Trois jours chez ma mère
- 2006 - Jonathan Littell, Les Bienveillantes
23:00 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


